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World War Z : Le film contre le livre

World War Z : Le film contre le livre

Zombie vous avez dit Zombie ?

Attention : malgré mes efforts pour limiter le nombre de spoilers, vous en trouverez de temps à autre, surtout concernant le film. A bon entendeur.

World War Z n'est donc pas un blockbuster à l'origine mais bien un livre. Sorti en 2006 il s'inscrit pleinement dans cette mouvance culturelle (et commerciale) qui redonne au genre zombie ses "lettres de noblesse". Un genre qui se porte relativement bien d'ailleurs. Les références actuelles sont légions, au premier rangs desquelles le comics (puis la série) Walking Dead. S'ensuivent divers jeux vidéo (Dead Island, la série Résident Evil, The Last of Us), comics et autres films plus ou moins loufoques (Shaun of The Dead, Bienvenue à Zombieland, les films de Georges Romero).

Un sacré remède contre le manque d'idée et de fond : intégrer du zombie pour détourner son film/jeu vidéo/BD d'origine et votre produit se vendra à coup sûr.

Comment ne pas lier le traitement de cette mouvance à d'autres licences porteuses et passe-partout telles que Star Wars ou Lego ? On peut louer le contenu de qualité de certaines productions mais il faut déplorer son utilisation commerciale à outrance. Un sacré remède contre le manque d'idée et de fond : intégrer du zombie pour détourner son film/jeu vidéo/BD d'origine et votre produit se vendra à coup sûr. On connait les Angry Birds Star Wars, les Lego Harry Potter (entre autres), il y a maintenant le zombie pour faire gober la pillule. A quand un Lego Star Wars Zombie ?

Au-delà de ces jugements purement commerciaux et faussement culturels, on n'en oublierait presque que l'image du Zombie sert de défouloir depuis des années. Catharsis des grandes angoisses de l'Homme, il reflète une image déformée et angoissante de peurs contemporaines. Tantôt symbole de la peur de la mort sans repos, des maladies incurables et virulentes il tend à devenir l'image des conséquences de notre mode de consommation. Où les zombies reflèteraient un retour de bâton de Mère Nature. L'Homme pollueur, celui qui vide le globe de ses ressources naturelles et croît sans limite, se voit éradiquer en un clin d'oeil. Une version plus écolo et certes plus crédible que n'importe quelle colère divine.

Il existe bel et bien derrière ces représentations une recherche symbolique et une force littéraire intéressante. Et le livre de Max Brooks : World War Z en fait partie.

World War Z : le livre

World War Z s'ancre bien dans la littérature contemporaine très moderne. Max Brooks s'est essayé au genre en sortant précédemment le Guide de survie en territoire zombie. Une bible qui se veut jouissive si l'on se prend au jeu de l'invasion imminente (on ne sait jamais). World War Z se veut beaucoup plus plausible.

Max Brooks rend son livre excitant en traitant de la micro histoire, celle qui fait le sel de la grande Histoire de l'humanité.

C'est à travers les témoignages récoltés par un agent de l'ONU qui l'on comprend ce qu'est cette guerre contre les Zombies (communément appelés les Z). Les stigmates de cette guerre sont encore bien présents et c'est sur les cendres de notre civilisation que le récit se met en place. Depuis l'apparition des premiers cas au stade de pandémie en passant par l'organisation de la résistance, les témoignages servent un propos qui se veut authentique. Et l'on se prend vite au jeu.

Max Brooks rend son livre excitant en traitant de la micro histoire, celle qui fait le sel de la grande Histoire de l'humanité. Globalement cyniques et tragiques, ces témoignages mettent en scène le quotidien de mères de famille, de paysans chinois, de militaires Israéliens, américains ou Coréens, de médecins transplanteurs d'organes, de cinéastes amateurs ou d'intellectuels aux idées douteuses. Chacun exprime ses angoisses face à la menace, face à cet ennemi surnaturel.

World War Z : Le film contre le livre

? World War Z (édition Le livre de poche)

Car oui, comme l'explique un des militaires alors qu'il évoque la tragédie militaire de Yonkers (je ne développerai pas ce terme à dessein), une guerre se gagne surtout en jouant sur le moral des troupes ennemis. Hélas, cet ennemi ne connait justement pas la peur. Il ne développe aucun sentiment. Il se jette sur ses proies sans crainte, seulement attiré par la chair saine. Une situation angoissante qui ne vous laissera pas de marbre.

L'auteur apporte nombre de rapports scientifiques, militaires et sociologiques qui l'on pourrait aisément prendre au pied de la lettre tant leurs descriptions sont crédibles. Vous l'aurez compris, ce livre ne se limite pas à l'évocation facile d'une menace zombie que l'on éradique à coup de batte de base-ball et se marrant comme des porcs. On se retrouve face à un recueil de témoignages d'après-guerre qui rendrait presque plausible une invasion de ce genre.

Je pourrai en parler des heures tant le sujet est vaste, mais finalement, le plus important est de vous donner envie de lire le livre. Passons donc le film à la loupe des comparaisons.

Le film : une juste adaptation ou juste une adaptation ?

Après avoir évoqué le livre, passons au film. Non, ne partez pas, ne riez pas, le film n'est pas totalement mauvais. Alors, est-il une juste adaptation ou juste une adaptation ?

Première déception : l'apparition du virus n'est traitée qu'au générique du film. On comprend qu'une épidémie mystérieuse de rage (terme utilisé dans le livre pour nommer les premiers cas de cette maladie inconnue) se répand à travers le monde sans pour autant en imaginer les conséquences. On s'arrête là pour l'évocation du virus : pas de séquences mettant en scène des premiers cas du virus, non, ça, on oublie. Le but est de passer rapidement à l'action.

World War Z : Le film contre le livre

? Une des affiches du film

L'action arrive bien vite en effet. On passe en deux séquences sur le personnage principal : il est marié et a 2 gamines, on évoque vaguement son ancien travail et hop, en voiture Simone. Ça tombe bien, c'est en voiture que notre héros voit déferler la première vague dévastatrice de Zombies. A grands renforts d'accidents et d'explosions en tout genre.

Tout au long du film, on pourra apprécier les effets spéciaux (le film a été tourné pour ça non ?), la mise en scène de certaines passages : les vues globales de destruction et d'envahissent sont saisissantes. Les Zombies eux, se dandinent dans des postures mi grotesques, mi effrayantes qui en feront rire certains. Par contre, ne vous attendez pas à des êtres lents et idiots, ces zombies-là sont particulièrement véloces voire doués d'une forme d'intelligence quand il s'agit de casser la croûte. Le livre ne se veut pas aussi catégorique, les Z sont certes doués d'un comportement de groupe, mais ne sont pas rapides pour autant.

Ce qui décevra encore plus l'adepte du livre, c'est l'absence quasi totale de références aux portraits dressés dans le récit de Max Brooks. Excepté la rencontre rapide et résumée avec Jurgen Warmbrunn à Jérusalem, les autres personnages rencontrés par Brad Pitt sont des erzatz peu crédibles.

Le film reste étrangement politiquement correct. Là où l'image du Zombie sert justement à exprimer les pires facettes du comportement humain, ici, on se contente de la surface lisse du Zombie et du conflit. Seul le transfert de la famille du héros dans une zone réfugiée constitue un semblant de déchirement tragique.

Si le livre traite beaucoup de la difficulté pour les populations de vivre sans nos ressources modernes (pétrole, électricité, nourriture sous vide), le film n'en a cure. L'avion du héros vole de pays en pays avec un seul plein, toutes les pièces sont bien éclairées, on ne ressent pas le manque de nourriture, comme si la vie restait la même (la présence de zombies exceptée). Le livre de Max Brooks s'attarde justement sur le fait que les bienfaits de notre société de consommation valent tripette lorsque l'électricité ou le pétrole viennent à manquer.

Pour le reste, oubliez le livre car oui, l'on parle bien ici d'une adaptation. Seuls les ingrédients les plus grandiloquents du récit sont repris : la pandémie, la destruction de l'humanité et la peur du zombie. Ingrédients indispensable pour bien vendre une licence "Zombie" comme traité dans la première partie de cet article.

Tout ce qui fait l'intérêt du livre n'est donc pas repris dans le film. Voilà de quoi rassurer les détracteurs du film et les poussera peut-être à découvrir le récit captivant mitonné par Max Brooks. On peut donc conclure que le film n'est qu'une pâle adaptation qui vous fera passer un bon moment, certes, mais ne s'impose pas comme une référence du genre...Contrairement au livre.

Votre avis sur la question sera le bienvenu, alors n'hésitez pas à commenter l'article.

World War Z : Le film contre le livre

? London is not calling...

Cadeau Bonus

La 3D, une des principales qualités du film (la seule ?), reflète à merveille le mouvement de foules zombies. Voici un petit making-of rien que pour vous.

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